Élégie bridgesque

Tes enchères élaboreras

Zonant ta main soigneusement

La manche tu demanderas

Avec vingt-cinq points sûrement

L'entame analyseras

Le mort aussi évidemment

Ton plan de jeu tu bâtiras

Puis tu joueras allègrement ...

 

O rage ! O désespoir ! Dix de Pique ennemi !

N'ai-je donc tant compté ces treize atouts pourris

Et ne suis-je monté au mort dans cette levée

Que pour voir en une coupe tous mes coeurs exploser !

Mon neuf de carreau maître, ma défausse, expire

Les atouts cinq-zéro ravagent mon empire

  L'adversaire m'a squeezé, et trois de chute pour moi !

 

                          Signé : Le Lapin Lamentablissime ...

TOURNOI DE CLUB

Tournoi de club, l'arbitre annonce "il y a 11 tables, transférez chââânnnngezzzz !". Apparemment, tout va bien, une position, deux , trois sans incidents (eh oui, cela arrive même dans les meilleurs clubs !).

"Transférez chââânnnngezzzz !".

Deux mamies qui étaient à la table 11 se lèvent, et vont s'asseoir à la table 12 (le numéro était resté ... pôv' arbitre qui doit en plus penser à ça !).

L'arbitre s'aperçoit qu'il n'y a personne en Est-Ouest à la table 1, fait un tour d'horizon et voit les deux dames sagement assises, attendant ...non, pas le Messie, des adversaires ...

"Mesdames, attention, je l'ai dit au début, il n'y a pas de table 12".

Les deux mamies :

"Oh, pardon ! Excusez-nous !"

Et elles vont s'asseoir à la table 13 ...

DRÔLE DE DRAME ...

Un arbitre qui rentrait les scores sursauta : il y avait écrit 900 dans la colonne Est-Ouest, en face : 1 SA moins 9... Bizarre, bizarre, vous avez dit bizarre ? (On peut être arbitre et avoir de la culture cinématographique !) Il alla trouver ceux qui avaient joué et marqué la donne, et ils lui expliquèrent : « Oui, je sais, la grosse bulle, j'aurais pu faire moins 8 si j'avais pris l'impasse à  du bon côté ... »

NOUVELLE CONVENTION

Un couple de retraités, nouveau au club, arrive à une table, et les enchères se passent ainsi :

            E         S          O         N

            1 ♠       passe   contre

« Hep ! » fit le joueur Nord, « il y a un problème ! »

- Ah ? Lequel ? 

- Vous ne pouvez pas contrer votre partenaire ! 

- Ah, bon ? Mais pourtant, c'est une bonne enchère, nous la faisons souvent dans notre club. Elle montre une bonne main, mais demande au partenaire de nommer autre chose que les ♠ ... ».

RENVOI DE L’AS DE PIX   ª

 

Claudius Jansaipaplus

Centurion du Fort de Babaorum

                                                 Citoyen Asdepix

                                                                     à Lutèce

Monsieur,

Nos statistix ont fait apparaître que vous ne remplissez plus votre rôle d'Honneur :

  - Le jour des Ides de Mars, Julius Pourboirenplus vous a coupé avec un 2 de Carreau.

  - Le jour des Calendes de Jupiter, Marcus Pranlebus a constaté que vous avez été défaussé en guise d'appel.

  - Le jour de la fête de Neptune, Castratrix, votre partenaire, n'a pu faire autrement que de vous couper avec un 6 de Coeur, n'ayant plus en main que des atouts.

  - Le jour de la venue des Gelbes, sur le forum de Lugdunum, vous n'avez malencontreusement pas été entamé et le Roi sec de Tadufrix a fait la levée, avant que le déclarant n'aligne 6 levées de Carreau et quatre de Trèfle, livrant ensuite deux Coeurs à votre partenaire, l'infortuné Tenuenlès.

En conséquence,

Le Sénat Romain, s'étant réuni en séance exceptionnelle, a décrété que le Gaulois Asdepix était désormais rayé des cadres des jeux de cartes, qui ne comprendront plus désormais que 51 cartes.

Cette mesure donnera certainement une chance aux joueurs plus faibles, le joueur le mieux classé n'ayant désormais plus droit qu'à 12 cartes.

Notre divin Empereur Vespasien a daigné quitter son édicule public pour entériner ce projet.

Ave Caesar. 

(par Micheline Chaoul)

Pauvre arbitre !

S’il commence à l’heure ...       C’est un tyran ,

S’il attend les derniers ...          Il est trop tolérant,

S’il demande de l’assiduité ...   C’est un despote,

S’il ne dit rien ...                       Il s’en fout,

S’il prend la parole ...               Il devient assommant,

S’il la donne ...                         Il se débarrasse,

S’il réclame le silence ...           C’est de l’abus de pouvoir,

S’il laisse la pagaille ...              Il manque d’autorité,

S’il est ferme ...                        Il se prend au sérieux,

S’il est débonnaire ...                Il n’est pas à la hauteur,

S’il expose ses idées ...            On est forcément contre,

S’il demande l’avis des autres ... C’est un indécis,

S’il est dynamique ...                C’est un excité,

S’il reste prudent ...                  C’est un incapable,

S’il fait tout, tout seul ...            C’est un prétentieux,

S’il délègue ...                          C’est un paresseux,

S’il est prévenant avec les dames ...  C’est un obséquieux,

S’il ne l’est pas ...                     C’est un orgueilleux,

LE PAUVRE !!! Il lui faudrait :

La patience de l’âne,

     La souplesse du chat,

          La fierté du lion,

               La ruse du renard,    

                    Le calme du sphinx,

                         La force de l’éléphant,

                              La noblesse du cheval,

                                   La fidélité du chien,

                                        La carapace du crocodile,

                                             Et la foi du charbonnier !

S’il en existe un ... QUEL HOMME !

Merci à nos amis du Club de Bridge de Sablé-sur-Sarthe

Meurtre à la table de bridge

Cet épisode est célèbre, je vous le livre tel qu'il a été relaté par Jack Olsen dans "Les Mille Histoires du Bridge", Gallimard, 1962, pour la version française.

Le plus célèbre meurtre au bridge eut lieu à Kansas City en 1929. Les Bennett et les Hoffmann étaient voisins et jouaient souvent ensembles, au golf et au bridge.
Un dimanche, ils déjeunèrent chez les Bennett et commencèrent un bridge. Mrs Hoffmann raconte ainsi ce qui suit :
"Plus la partie avançait, plus les Bennett se mirent à échanger des sarcasmes. Finalement, il y eut un contrat de 4
ª; Bennett avait ouvert d'1ª, mon mari était intervenu à 2 ¨, et Mrs Bennett avait soutenu à 4ª. Elle coucha son jeu, qui était beau. Mais pourtant, son mari chuta le contrat.
"Elle en devint furieuse et se mit à traiter son mari de "cloche", il lui répondit, le ton monta et il la giffla. Nous tentâmes d'intervenir, mais Mrs Bennett continuait à vociférer, et son mari se mit à crier "Je m'en vais ! Je quitte la ville !".
"Avant que nous ne puissions faire quoi que ce soit, Mrs Bennett sortit, revint avec un revolver et fit feu, son mari s'écroula."

La réaction du pays fut une scandaleuse démonstration du déséquilibre des américains dès qu'un sujet confine au bridge (sic). Qu'un homme ait perdu la vie, bon. Mais comment avait-il joué ?
Culbertson, après avoir baptisé cette tragédie "Une leçon sur l'importance de l'évaluation précise de la main", posa les questions suivantes au public haletant :
- Qu'avait-il en main pour ouvrir ?
- Quel système jouait-il ?
- Qu'avait sa femme pour jumper à la manche ?
- Manquait-il une fraction de levée d'Honneur à Mr Bennett pour son ouverture ?
- L'enchère de Mrs Bennett était-elle conforme ?

Un peuple entier attendait le verdict (Mrs Bennett, soit dit en passant, venait d'être acquittée ; mais peu importe) (re-sic).
Une année passa et le New York Times publia la main complète :
Nord : Mr Bennett ; Est : Mr Hoffmann ; Sud : Mrs Bennett ; Ouest : Mrs Hoffmann
.....................
ª
RV985
.....................
©
R762
.....................
¨
85
.....................
§
R10
ª 4.....................................ª
D72
© D94............................... ©
AV3
¨ RV763............................¨
AD1092
§ D753..............................§
V6
.....................
ª
A1063
.....................
©
1085
.....................
¨
4
.....................
§
A9842
En même temps paraîssait une analyse complète du grand expert Sidney Lenz sur les enchères et le jeu de la carte :
"L'ouverture d'1
ª était mauvaise ; il aurait été meilleur, avec cette main, de passer en se réservant de nommer les ª
au tour suivant si l'occasion s'en présentait".
Mais Lenz continuait : "Pourtant, Bennett aurait pu gagner 4
ª s'il avait bien deviné : Hoffmann entama l'As de ¨, et, voyant le singleton au mort, continua du Valet de §. Bennett prit du Roi et joua le Valet de ª
. Hoffmann ne couvrit pas "Honneur sur Honneur" et ce, justement : c'est une faute, en effet, de couvrir honneur sur honneur quand il n'existe aucune chance d'affranchir une levée au partenaire. L'ouverture d'1 ª promettant 5 cartes, Hoffmann savait que sa partenaire avait au plus 1 ª. Et, de toutes façons, avec 9 cartes dans le camp, Bennett n'irait pas faire d'impasse à la Dame au 1er tour. S'il songeait à en faire une, il l'aurait tentée contre Mrs Hoffmann, Mr Hoffmann ayant annoncé une longueur à ¨, pouvait être plus court à ª.
Donc, Bennett mit l'As de ª du mort et rejoua ª. Il vit Mrs Hoffmann défausser et prit du Roi. Puis il coupa un petit ¨, joua l'As de § et le 9 de §, Mrs Hoffmann couvrit de la Dame, il coupa et Hoffmann surcoupa pour continuer avec l'As de ©  et un petit © . Bennett prit du Roi, mais ne put remonter au mort et chuta d'une levée.
Or, il est certain que Bennett aurait pu gagner : après As-Roi d'atout, il aurait dû affranchir les § du mort et se réserver de couper son petit ¨ pour reprendre la main au mort. Il aurait pu alors faire ses § maîtres et son contrat ... à condition qu'Hoffmann, de son côté, ne joue pas mieux qu'il ne le fit. Car, s'il attend pour surcouper et ne joue jamais ©, il finira par y faire 2 levées."

Culbertson, de son côté, publia une analyse encore plus impressionnante avec le tire "Comment Bennett aurait pu sauver sa vie". Le thème en était que Bennett avait fait une mauvaise enchère, mais que la distribution lui permettait de se sortir d'affaires.

La vérité était que personne au monde n'a jamais su quelles étaient les mains exactes de la donne du crime. Les Hoffmann, dans leur émotion, avaient tout oublié des jeux et ne se souvenaient que des annonces.
Le publication de la donne fut une mystification ; mais ce fut aussi un bon tirage ...

Moralité : si, sur BBO, votre partenaire vous insulte par chat interposé, ou veut vous donner des leçons, ou si l'adversaire vous traite de tricheur ... pas grave ! Vous ne risquez pas de perdre la vie ! Une insulte ne rend pas votre écran radioactif et vous ne vous électrocuterez pas avec votre souris ... (sauf si, d'un geste rageur, vous arrachez les fils ...)
Et si, en club, à de rares occasions, des joueurs peuvent en venir aux mains, le port d'armes est prohibé !
Et, pour vous rassurer : dans la plupart des clubs (du moins ceux que nous fréquentons), il n'y a pas d'Opinel ni de poison dans la cuisine ... Vous pouvez toujours apporter de la mort-aux-rats pour assaisonner le café de l'adversaire ... Mais vous risquez un blâme sérieux !

 

Version française (beaucoup plus bref !)

Dans "Garde à vue", ce petit dialogue entre Lino Ventura et Michel Serrault :

Le commissaire (Lino Ventura) :

- Il ne vous reste plus qu'à appeler votre avocat ...

Le prévenu (Michel Serrault) :

- Je n'en ai pas ... ou  plutôt je n'en ai plus ! Une histoire de quatre Piques contrés et chutés ..."

Séduire l’arbitre ...

par Micheline Chaoul (Adaptation d’un article de Chris Dixon, G.B.)

Un bridgeur, arbitre et grand séducteur devant l’Eternel, participa un jour à un tournoi régional où l’arbitre était une jolie jeune femme auprès de qui il essaya de tenter sa chance. Le résultat de son entreprise fut cette lettre qu’il reçut quelques jours après :

« Monsieur,

Vous m’avez téléphoné hier alors que mon mari était sur l’autre ligne (Loi 33 : Déclarations Simultanées), mais ne m’avez pas dit ce que vous vouliez exactement (Loi 46 : Appel incomplet d’une carte du mort). Je vous ai promis de vous rappeler, mais, avant que je ne puisse le faire, vous m’avez rappelé (Loi 31 : Enchère Hors Tour), me disant qu’il était plus normal que vous fassiez le premier pas (Loi 29C : l’enchère Hors Tour est conventionnelle).

Vous m’avez proposé d’aller prendre un « Big Mac » au Fast Food, ce que je n’ai pu accepter (Loi 27B : Enchère Insuffisante non acceptée), et vous m’avez rétorqué que je pouvais en prendre deux (Loi 27B3 : Essai de correction de l’Enchère Insuffisante par un Contre ou un Surcontre), et finalement votre proposition d’un dîner gastronomique fut acceptée (Loi 27B2 : Correction par une enchère suffisante dans la même dénomination).

Au cours du dîner, vous avez prétendu être célibataire (Loi 73E : Tromper un adversaire), mais je savais par votre partenaire que vous l’étiez (Loi 16 : Information Non Autorisée). En dehors de cela, nous eûmes une conversation très agréable (Loi 73A : Communication correcte entre partenaires), et ma bonne impression fut gâchée lorsque vous m’avez proposé de monter dans votre chambre prendre un dernier verre (Loi 73B : Communication incorrecte entre partenaires), tout juste si vous n’avez pas eu un geste déplacé (Loi 60 : Jeu à la suite d’un jeu illégal), et je vous ai sommé de vous expliquer (Loi 70B : Revendications contestées – Enquête de l’arbitre). Vos explications hésitantes, embrouillées, firent très bien comprendre que vous ne pensiez qu’à la bagatelle (Loi 16A : Information illicite venant du partenaire).

Considérant ma vulnérabilité (Loi 77 : Marque en Tournoi), je refusai (Loi 69B : Consentement à une revendication de levées refusé) et nous en restâmes là (Loi 68D : Le jeu cesse). Vous m’avez tendu la main avec un air consterné (Loi 54 A : Le déclarant étale sa main) et m’avez demandé de vous rendre votre carte (Loi 47B : Reprise d’une carte jouée pour corriger un jeu illégal).

J’espère que vous reconnaissez les faits (Loi 84 : Décision concernant des faits agréés). Je dois vous précisez que, si vous souhaitez être en bon termes avec les autres joueurs et les arbitres, vous devez apprendre à procéder de la manière correcte : Loi 92 C : Comment faire appel.

Jeu de logique bridgesque

par Derrick Niedermann, Boston, 2008

Une grosse voix se fit entendre, troublant la douce quiétude du club de bridge de Crépigny-les-Chevrettes, où se déroulait un tournoi à 3 donnes par table :

- Comment peux-tu faire cette enchère ? Avec aussi peu de points ? N'as-tu pas vu que j'ai passé d'entrée ?"

L'homme à la grosse voix était en train d'inscrire le score sur la fiche ambulante, et visiblement il ne lui plaisait pas ... "Moins deux. Un beau zéro !" s'exclama-t-il.

Pour se calmer, il quitta la table pour marcher un instant avant d'attaquer le tour suivant. Tous les yeux étaient braqué sur cet homme si mauvais perdant.

L'arbitre vint le trouver et lui expliqua que, hormis le fait que son attitude était incorrecte envers son partenaire et les joueurs qu'il avait dérangés, il pouvait avoir donné une indication aux autres joueurs. Ceux-ci pouvaient se servir de ce qu'ils avaient entendu, et donc de ce qu'il fallait annoncer - ou ne pas annoncer - dans cette donne. Quel était le numéro de la donne ?

 

Réponse :

Apparemment, les Nord-Sud étaient à vulnérabilité défavorable (le monsieur était Sud puisqu'il inscrivait le score) ; le monsieur était donneur ou était en second, puisqu'il avait passé d'entrée ; il s'agissait de la troisième donne du tour (puisque le monsieur s'était levé après), dans un tournoi à 3 donnes par table..

C'était donc la donne 15.

TOURNOI DE CLUB

Tournoi de club pépère, fin de la première position.
Arbitre : " Transférez, changez " (classique)
Gentille dame : " Monsieur, monsieur, je vais où ? "
Arbitre (charmant) : " Les paires montent, les étuis descendent, madame. "
Fin de la deuxième position.
Arbitre : " Transférez, changez. "
Même dame : " Monsieur, monsieur, je vais où ? "
Arbitre (agacé) : " Les paires montent, les étuis descendent. "
Fin de la troisième position.
Arbitre : " Transférez, changez. "
Toujours la même dame : " Monsieur, monsieur, je vais où ? "
Arbitre (excédé) : " Les paires montent, les étuis descendent. Si vous êtes une paire, vous montez, si vous êtes un étui, vous descendez."

TOUJOURS LE TOURNOI DE CLUB ...

Madame X... joue un chelem. Elle donne une levée aux adversaire et s'apprête à faire le reste, mais s'aperçoit à la fin du jeu qu'elle n'a plus qu'une carte en main, alors que le mort et les adversaires en ont deux. L'arbitre est appelé, compte les cartes : Madame X... a joué avec douze cartes !

On cherche la carte manquante, à quatre pattes, et on finit par la retrouver par terre, tombée pendant le transfert des étuis. On la regarde : c'est un petit ©. Or, l'adversaire a entamé ©, que Madame X... a coupé d'entrée.

En ce cas, la carte manquante étant censée avoir toujours appartenu à la main, il y a renonce, et on applique les levées de transfert (deux en l'occurence).

Pas contente, Madame X... clame à qui veut l'entendre : "Vraiment pas juste ! Je réussis un chelem avec 12 cartes, c'est bien plus dur qu'avec 13, non ?"